"Le cartable de la maîtresse" : histoire d'un suivi

Geneviève LAUTIER

“Du cartable de la maîtresse au Chant de la Vie ”,vivance d’un accompagnement, vivance d’une description qui imposa sa forme.

Article paru dans son intégralité dans la Revue Sophrologie Caycédienne n°51 sous l'intitulé: Description phénoménologique-existentielle d'un entraînement vivantiel avec la Méthode Caycédo dans le cadre de la prophylaxie sociale.

Ce travail a été considéré comme modèle de la description phénoménologique-existentielle par le Pr. Alfonso Caycedo.

EN GUISE D’INTRODUCTION

L’histoire qui est au coeur de cet écrit est celle d’Aurore, 23 ans à l’époque, souhaitant être Professeur des Ecoles et venue me voir mi-octobre 2005 pour se préparer au concours de l’IUFM (concours d’entrée en Institut Universitaire de Formation des Maîtres).
C’est la description de son parcours, qui s’entrecroise à certains moments avec le mien, et de mon “être-avec”elle. C’est aussi et surtout la tentative de la mise en mots de cette expérience, expérience qui, en imposant sa forme, m’a mise en mouvement de façon inattendue..., m’amenant au-delà de ce que je pensais initialement décrire.
Pourquoi le choix de cet accompagnement ? Tout d’abord parce qu’il me semble porter le sceau de l’Isocay ensuite parce qu’il s’inscrit dans la continuité de ce chemin qui a commencé à se tracer pour moi depuis l’apparition de la VIPHI dans la Méthode Caycédo et qui m’a fait rentrer dans l’ère de la maturité et de l’Ouverture.

I - PREALABLE

Ce préalable se veut un sésame à l’univers de cet accompagnement et aux phénomènes qu’il a engendrés et qui m’ont poussée vers une direction quelque peu différente de celle que je pensais initialement prendre.
1 - Ma réalité objective
Ancienne enseignante, mon champ d’intervention se situe pour les trois quarts dans celui de la formation : je suis formatrice à l’Ecole de Sophrologie Caycédienne de Carcassonne depuis 1992. J’exerce le reste de mon activité dans un cadre libéral, dans le champ de l’accompagnement pédagogique et éducatif et dans celui de la relation d’aide.
2 - Cet écrit est à lui seul un véritable phénomène
L’idée de cet écrit commença à germer dans mon esprit en juillet 2006 lorsque nous fîmes le bilan de cette préparation au concours de l’IUFM. Ce jour-là, j’écrivis sur la fiche d’Aurore : « Cet accompagnement dont l’impact se place bien au-delà de la préparation à un concours, mérite un article de ma part.»
Devant l’ampleur du phénomène, il était clair que je me devais de ne pas en rester là. Ayant suffisamment de matériaux à ma disposition, je m’orientai tout naturellement vers l’idée d’une étude de cas. Je savais à l’époque que la réalité objective y occuperait une large place, qu’il y serait également question de l’alliance, de l’historicité du phénomène, de l’impact de la dimension Isocay dans la Méthode. Il me suffirait simplement de mettre les vacances d’été à profit pour finaliser ce travail. Or...

  • Les choses ne se passèrent pas comme prévu

Curieusement, il me fallut neuf mois – le temps d’une gestation – pour passer au stade de l’écriture. Je décrivis à plusieurs reprises dans mon carnet d’entraînement, la difficulté à me mettre à ce travail dont je sentais, depuis le départ, qu’il était important. Tout était apparemment là pour que je commence à écrire sur le sujet... C’était sans compter sur le doute, qui avait décidé d’y mettre son grain de sel... Au fil des mois, mon enthousiasme pour la question s’effilocha dangereusement... Le doute prit le relais et s’imposa sur le chemin comme un authentique phénomène... En mars 2007, j’écrivis dans mon carnet : « Je ne pourrai vraiment me mettre à ce projet d’écriture que si je prends le temps de mieux cerner ce doute, de m’approcher de lui en le décrivant de façon phénoménologique » . Chose que je fis et que j’évoquerai un peu plus loin.

  • Une étrangère qui s’imposa et osa prendre ses aises : Madame la Forme d’écriture

Lorsque ce phénomène du doute laissa apparaître son sens, je pus enfin me mettre à la tâche . Les première lignes parlaient d’un nouveau phénomène : la forme d’écriture. Cette question qui jusque là ne m’avait pas un seul instant effleurée, émergeait comme une intuition, une sorte d’évidence.
Voilà ce que j’écrivis au départ en m’installant devant mon ordinateur :
« J’hésite quant à la forme à donner à cet écrit auquel je pense depuis pas mal de temps. Enseignante de formation, j’ai été habituée à formaliser mes écrits, à structurer et à développer ma pensée à partir d’un thème donné. Dans ce cas précis, je sens confusément que cette façon de faire que je maîtrise n’est pas la plus appropriée. La description de l’accompagnement que je me propose de décrire me paraît mériter une autre forme d’écriture, une forme moins académique mais plus exigeante: celle qui est la plus apte à rendre compte des phénomènes vécus et observés sur le chemin, dans cet être-avec la personne, entre un “point de sortant” et un “point d’arrivant”. Réduire jusqu’à la forme à donner à cet article pour me laisser surprendre par les phénomènes et observer la mise en forme.
“ Peut-on envisager un écrit, dans cette disposition d’esprit ? ” Première question que je trouve sur le chemin et qui en d’autres temps aurait suffi à me décourager.
“ En quoi cela peut-il avoir du sens ? ” Sorte de Question Radicale qui vient me défier. Le sens sera celui qui émergera comme une évidence à moins qu’il ne soit déjà là, sous la forme d’une première évidence justement: l’analyse de mes vivances révèlant que j’aime me laisser surprendre...
“ Pourquoi choisir la difficulté alors qu’il serait si simple de prendre des chemins ordinaires? ” : un écrit structuré sur le mode habituel et qui n’excluerait pas pour autant l’attitude phénoménologique?»
L’intuition qu’il me fallait m’appuyer sur une forme non ordinaire d’écriture, émergeait. Le désir d’une forme plus traditionnelle qui mettrait en lumière les spécificités de cet accompagnement, cherchait à imposer sa loi. Je choisis d’écouter le chant d’une forme plus ordinaire. C’était celui des sirènes... Le doute revint à l’assaut, réduisant à néant ce que j’avais écrit. Pourquoi m’obstiner à suivre les chemins ordinaires? Cela me sécurisait mais semblait ne mener nulle part... Je me sentais écartelée entre le désir d’une forme traditionnelle d’écriture et la forme qui est celle que choisit le phénomène. Je compris vite que la lutte serait inégale : je devais m’incliner devant ce phénomène de l’intuition d’une forme non ordinaire – qui n’avait de forme que le nom. Je battis donc en retraite, définitivement vaincue par la force de ce phénomène qui me travaillait au corps. Je décidai d’une alliance avec lui en prenant le parti de me laisser surprendre par mes propres mots et de laisser la forme d’écriture se frayer son chemin.

  • La simple étude de cas à laquelle j’avais songé céda la place à quelque chose d’informe

Histoire d’un phénomène centré sur ce que je croyais être la description d’un accompagnement, celui d’Aurore et qui en a enclenché d’autres dont la description vient s’enchâsser dans celle vers laquelle mon intentionnalité était initialement orientée. L’ancienne enseignante que je suis pense à la mise en abyme utilisée en littérature pour décrire une histoire incluse, insérée dans une autre... Quant à la sophrologue caycédienne, elle garde à l’esprit que le phénomène est toujours porteur d’histoire(s).
Tel Ulysse attaché au mât de son navire, je dus lutter pour ne pas succomber au charmes des sirènes. La forme ordinaire, pensée, réfléchie, structurée revint me tenter régulièrement comme pour mieux me tester à maintenir le cap sur ce qui se présentait de plus en plus comme un défi: ne pas décider de la forme à donner à cet écrit, accepter l’informe, m’abandonner aux phénomènes et laisser la forme prendre forme.
En m’orientant ainsi, il devint de plus en plus évident que je devais laisser les concepts de la Sophrologie Caycédienne s’éclairer de leur propre lumière. Je fus étonnée, bien souvent interpellée par ces mots qui sortaient, s’alignaient, se précisaient, se faisaient des politesses.... comme pour mieux s’ajuster à ma pensée.
. Puis cet écrit finit par trouver Sa forme
Pour mieux en saisir l’intentionnalité, il faudrait presque commencer par la fin. C’est pourquoi je choisis de vous livrer les lignes qui faisaient partie de la conclusion initiale. Ainsi la forme sera non ordinaire jusqu’au bout : « En décrivant au plus près les phénomènes vécus et expérimentés, la forme s’est frayé son chemin et s’est imposée comme un véritable phénomène. En me contraignant à sortir des sentiers habituels, ce phénomène de la forme a eu raison de mes doutes et de mes interrogations, il m’a déposée sur mes rivages, me permettant de trouver le ton intimiste qui va si bien à la Vie. Cette forme a quelque chose de l’Isocay. Elle m’a amenée sur des évidences qui prennent forme de certitude dans le sens où elles viennnent – me semble t-il – valider la théorie qui sous-tend la Méthode Isocay.»
Je laisse aux sophrologues caycédiens qui me liront le soin de retrouver et de vérifier dans cette forme vivantielle quelque peu inhabituelle, l’épistémologie de la Sophrologie Caycédienne et le fait que cette dernière est une véritable herméneutique.

II - DU COTE DE L’HISTORICITE

En termes d’historicité, cet accompagnement prend un sens particulier pour moi. Il me ramène quelques années en arrière, à l’époque où j’animais un atelier d’initiation à l’anglais, atelier dans lequel j’avais introduit la démarche sophrologique. Les trois premières années de cette expérience démarrée en 1987 en même temps que ma formation à l’Ecole de Sophrologie de Toulouse – sous la direction de Mme Paule Vern que je salue ici – firent l’objet de mon mémoire, sous l’intitulé : Il était une fois l’initiation à l’anglais ou comment la Sophrologie nous a aidés, mes petits élèves et moi à mieux apprendre et à mieux vivre.
Les conseils de Bernard Barel qui y était alors enseignant, m’avaient été précieux, justement pour mettre en forme cet écrit qui devait être le premier mémoire de sophro-pédagogie à l’Ecole de Sophrologie de Toulouse et que j’eus le privilège de remettre au Pr Caycédo lors de sa venue en Décembre 1990. Bernard est aujourd’hui le directeur de l’Ecole de Sophrologie Caycédienne de Carcassonne, j’ai l’honneur et le réel privilège d’être sa collaboratrice. Je le remercie de m’avoir dès le début fait confiance et d’avoir su, toujours très habilement, me mettre sur des chemins que je n’aurais probablement pas osé prendre.
1 - « On est de son enfance comme on est d’un pays » (Saint Exupéry)
Cette expérience de sophro-pédagogie, conduite pendant huit ans dans un cadre libéral, restera une expérience fondatrice, une vivance des plus étayantes dans mon parcours de sophrologue. Quand je l’évoque c’est toujours avec émotion : c’était la phase de découverte, celle de l’enthousiasme, de l’étonnement face aux phénomènes – tiens! – que j’observais sur ma personne et chez ces enfants qui venaient s’initier à l’anglais et qui les a amenés bien au-delà. Elle a grandement contribué à faire de moi l’enseignante et la formatrice que je suis aujourd’hui. La conversion du regard s’est amorcée là. A travers ce travail, j’ai retrouvé le chemin de l’enfance et j’ai pu faire vivre une part de cette enfance que ma place d’aînée ne m’avait pas toujours permis de vivre complètement. En accompagnant ces enfants, en partageant leurs découvertes, leurs joies, parfois leurs peines, en les observant se transformer, je me suis inscrite dans mon existence avec cette trace du pays de l’enfance dont parle Saint Exupéry et qui me fait affirmer haut et fort aujourd’hui que pour accompagner des enfants avec notre méthode, il n’est pas nécessaire de concevoir des exercices pour eux : [il suffit d’]« être de son enfance comme on est d’un pays», de savoir se relier au pays de son enfance, d ’être présent à ces “étants” de l’enfance qui se donnent à voir et orienté vers l’être-en devenir... et la magie de la Rencontre opère..., toujours surprenante. Seul compte le mouvement vers.
Si je reprends le mémoire cité plus haut, il démarre par un conte que j’avais imaginé pour ces enfants :
« Il était une fois quelques petits bonshommes qui rêvaient d’apprendre l’anglais [..]. Jenny – c’était mon nom à l’atelier – était très fière d’eux car ils étaient curieux de tout et se débrouillaient déjà bien en anglais. Mais ce qui la ravissait le plus c’était de les voir se transformer: les timides prenaient de l’assurance, les maladroits étaient devenus plus habiles, ceux qui avaient la bougeotte étaient capables de se calmer quand c’était nécessaire: ils devenaient grands de semaine en semaine. L’idée de leur départ l’attristait un peu car elle aimait beaucoup ces petits bonshommes. Elle savait cependant que lorsqu’ils partiraient ce serait avec, dans leurs bagages, bien plus que de l’anglais... Ils avaient appris à être plus sereins, plus confiants, plus positifs et cela, c’était un véritable trésor. Ces petits bonshommes avaient tout pour devenir des hommes.»
Aurore a fréquenté cet atelier pendant trois ans. Elle a fait partie de ces petits bonshommes qui m’ont tant apporté et qui sont tous des hommes et des femmes aujourd’hui. Elle s’est initiée à la pratique de la langue anglaise dans un contexte novateur à l’époque puisque la Sophrologie faisait partie intégrante de cette approche de la langue. Au-delà de l’anglais, cela l’avait aidée à retrouver un sommeil de qualité, à se préparer à ses contrôles, à aborder l’apprentissage autrement.
Sans doute quelque chose fut-il semé là, qu’elle garda doucement blotti au fond d’elle et vers lequel elle revint quelques années plus tard...
Je revois la petite blondinette aux yeux grands ouverts sur le monde, avec déjà ce côté sérieux pour son âge, un petit bout de femme enjouée, pleine de vie, un brin anxieuse mais toujours prête à s’investir et qui prenait un plaisir rare à toutes les étapes de cet apprentissage.
Que la jeune femme que j’ai eue la joie d’initier à l’anglais lorsqu’elle était enfant se destine à s’occuper de jeunes enfants et à les initier à son tour à l’anglais à la rentrée 2007, me comble de joie. Il me plaît à penser que cette période de son enfance a peut-être contribué à cette orientation vers la pédagogie...
2 - Dans le sillage du Son de l’Etre
Cet accompagnement s’inscrit et m’inscrit dans la continuité de ce que la VIPHI a mis en mouvement chez moi. Ce Son de l’Etre qui avait fait l’objet d’une communication de notre Ecole en mai 2005 en Andorre, m’accompagne toujours. Cet éprouvé de la Vie en moi me permet de m’inscrire dans mon Existence avec une consistance autre et vient donner encore plus de Profondeur à mes accompagnements.
Le travail fait avec Aurore a pris un sens particulier, pour les raisons citées plus haut mais aussi parce qu’il symbolise pour moi l’accompagnement “idéal”– orienté vers l’Isocay. Je m’y suis sentie engagée avec toute ma Présence, toute mon Ame, ouverte à la grandeur de l’Etre, comme je ne l’avais jamais été jusque là...

III - 1ère SEANCE : LE TEMPS DE L’ACCUEIL ET DE L’OBSERVATION

Je m’attarderai sur cette première séance, comme indication du “point de sortant”, de la demande d’Aurore et des objectifs que je me fixai pour l’accompagner dans sa demande telle qu’elle la formula ce jour-là.
1 - Quinze ans plus tard : nos chemins se croisaient à nouveau
Quelle ne fut pas ma surprise de voir Aurore revenir chez moi, quinze ans plus tard, cette fois de sa propre initiative. Après un BTS en nutrition et une année en biologie à l’Université, elle avait fait le choix de passer le concours qui lui permettrait d’être professeur des Ecoles.
Lors de notre premier rendez-vous, j’eus à plusieurs reprises le sentiment de retrouver dans la jeune femme qui se tenait là devant moi, l’enfant sérieuse que j’avais connue, avec ce même regard grave... Le temps avait fait son oeuvre : elle était devenue une belle jeune-femme, vivait depuis quelques mois avec son copain et avait ce projet d’être enseignante.
Ce jour-là cependant, je fus interpellée par son regard que je qualifiai de “triste” dans mon compte-rendu de séance. Je sus un peu plus tard sur le chemin, qu’il y manquait l’éclat de la Vie.
2 - Une demande qui s’inscrivait dans le champ de mes compétences

  • Un contexte particulier

Lorsqu’Aurore fit la démarche de venir me voir, je dus faire une immense parenthèse sur une information que je tenais de ses parents : elle avait souffert d’anorexie pendant près de quatre ans, ce qui avait nécessité un accompagnement psychologique. Bien qu’encore fragile, elle était sortie d’affaire. Je dois préciser que lors de ce premier rendez-vous, elle n’évoqua à aucun moment ce sujet douloureux. Je crus cependant en entendre la résonance lorsqu’elle aborda ses difficultés à se situer avec les jeunes de sa classe. Elle se risquera à l’évoquer lors du bilan que nous fîmes en février, sans jamais oser prononcer ce mot terrible. Ce n’est que dans le bilan final qu’elle parviendra à en parler directement : l’innommable pouvait non seulement se nommer mais se décrire – preuve de l’intégration sans aucun doute.
Aurore préparant son concours à 150 km de là, nous ne pourrions nous voir qu’une fois par mois : j’allais devoir composer avec l’éloignement géographique. Les principes de réalité objective et d’adaptabilité seraient donc plus que jamais à prendre en compte dans cet accompagnement.

  • Sa demande, telle qu’elle la formula ce jour-là, se résumait ainsi :

Gérer le stress et la pression liés à son concours, être plus présente, plus concentrée et plus disponible. Elle souhaitait pouvoir prendre du recul et être heureuse avec ce qu’elle avait.
En exprimant sa demande, elle décrivit ce concours comme “la chose la plus importante de [sa] vie.”

  • Deux paramètres en souffrance

Lorsqu’elle vint me voir, ce concours accaparait son esprit et prenait toute la place. La somme de travail que cela exigeait lui paraissait tellement énorme qu’elle se laissait régulièrement tenter par l’idée d’en remettre la préparation à l’an prochain...
Dans son rapport au travail, le temps était des plus élastiques : elle se définissait avec des difficultés à s’y mettre, de réels problèmes d’organisation et de concentration – impossible de travailler plus de demi-heure d’affilée – remettant sans cesse à plus tard ce qu’elle avait prévu de faire. Dans le bilan que nous fîmes en juillet 2006, elle se décrira à cette époque-là comme “fuyante”. Elle vivait dans un éternel présent, incapable de se projeter dans l’avenir et allant chercher solutions et appuis à l’extérieur : elle avait songé à l’internat pour se contraindre à travailler, avait sans cesse besoin de son copain pour l’aider à se motiver etc. Elle aurait voulu s’accorder du temps pour autre chose que ce concours, sans toutefois y parvenir.
Je la sentais complètement insécurisée, sans repères fiables sur lesquels s’appuyer, faisant tout en force. Elle me semblait déployer une énergie considérable pour “se forcer à travailler”, “s’obliger à rester concentrée...”. “J’étais une boule de nerfs, tout le temps sous tension, tout le temps à voir le négatif” dira t-elle dans le bilan. Dans sa classe, elle ne parvenait pas à trouver sa place, se cherchant sans arrêt dans le regard des autres et redoutant par dessus tout de s’y trouver.
Dans cette observation phénoménologique attentive de la personne qui est toujours la mienne lors de la première séance – que je qualifie de déterminante en termes de préalables à l’alliance – je notai à la fois quelque chose de l’ordre d’un désir d’affirmation d’elle même et un rapport à la corporalité qui la trahissait. Quelque chose qui aurait voulu s’exprimer mais qui n’y parvenait pas. Sa façon de poser sa demande, de se décrire, de se tenir assise, de parler d’elle, d’écouter, de se taire, parlait plus qu’elle n’aurait pu en dire sur elle et sur la relation à son corps.
Tout cela se traduisait par une tension interne permanente, des problèmes de sommeil. Lorsqu’elle se trouvait en situation d’examen, c’était la panique : les 3ème et 4ème Systèmes étaient particulièrement malmenés : “la boule au ventre, le coeur qui bat la chamade...”. A l’oral, ces phénomènes étaient exacerbés, elle perdait ses moyens, ne parvenant pas à mettre en valeur ce qu’elle savait.
Quant à l’esprit, il régnait en maître absolu, manifestant sa présence par une disqualification d’elle -même, une mise en doute de ses capacités : “Je suis pas à la hauteur”, “ A quoi bon?”, “ Ca sert à rien”, accompagnées d’une incapacité totale à se projeter dans le futur.
A travers sa description d’elle même, j’entendais un manque de confiance criant, une difficulté à s’accepter ainsi. Je repérais une assise fragile.
Deux paramètres étaient en souffrance ceux de présentation et de futurisation.

  • Mes objectifs

Je me fixai comme objectifs: l’installation du corps dans la conscience, la pacification de l’esprit et l’entraînement de la capacité d’anticipation positive comme moyens de rétablir le lien corps- esprit et d’étayer la confiance – en elle et dans l’avenir.
3 - Première pratique : le positif se niche dans la Posture Isocay de tension
Après avoir posé le cadre de travail, je lui proposai de passer à la pratique. Vu que nous ne pouvions nous revoir qu’un mois après, ce jour-là, nous fîmes deux pratiques : une première avec une SBV activée par les trois Postures Isocay et une deuxième avec les Techniques-Clés de la Phase Préparatoire.
Quand je l’invitai à s’orienter vers le moment le plus positif, elle décrivit chaque fois la Posture Isocay de tension : elle y avait vécu la présence de son corps et s’était sentie “confiante et capable de décider”. Je me contentai d’accueillir sa parole, sans aller plus loin, notant cependant l’impact positif sur les structures. Ce terme de confiance sera récurrent par la suite.
Je lui demandai de mettre en oeuvre la loi de la répétition vivantielle de la façon la plus régulière possible et avec l’intention de prendre soin d’elle, tout d’abord avec la SBV activée par les 3 Postures Isocay puis progressivement avec la Phase Préparatoire. Vu que nous ne devions nous voir qu’un mois après, pour faciliter le processus d’entraînement, je lui enregistrai les deux séances ci-dessus, lui demandant de faire progressivement ses séances sans le CD. Je l’invitai également à décrire chaque fois sur son carnet d’entraînement le moment le plus positif de sa séance.
4 - Intuitions d’après séance
« Le sophrologue est un professeur d’existence ». Cette phrase du Pr Caycédo me revenait. Je la ré-entendis souvent dans ma tête. Elle fut aussi importante dans cet accompagnement que le fut la Forme d’écriture dans la mise en mots de cette expérience.
Lorsqu’Aurore partit ce jour-là, je sus que le courant était passé et que je ne pourrais l’accompagner qu’en soignant tout particulièrement ma Présence. Deux garde-fous me seraient précieux : ma Présence – tridimensionnelle et axiologique – et les principes de base, particulièrement celui de réalité objective.
J’eus également l’intuition que la VIPHI pourrait être une alliée sûre : j’avais à maintes occasions pu vérifier son impact direct sur les structures et son étonnant pouvoir à faciliter la réduction du négatif.
Je décidai de garder tout cela à l’esprit et de me laisser surprendre, guider et instruire à tout moment par les phénomènes qui surgiraient sur le chemin.

IV - UNE PREPARATION ORDINAIRE

VECUE SUR LE MODE DE L’ EXTRA- ORDINAIRE

Cette préparation au concours pourra paraître des plus ordinaires si l’on s’en tient à sa forme apparente. Elle fut pourtant des plus extra-ordinaires si l’on veut bien considérer les phénomènes qui surgirent sur le chemin. Du côté de la forme ordinaire : elle fit l’objet de dix séances et d’un bilan approfondi. Elle s’étala sur huit mois, au rythme d’une séance par mois en moyenne, à l’exception de juin. Ce fut un travail des plus classiques pour une préparation de ce genre (objectifs mentionnés plus haut) : VIPHI, techniques spécifiques de présentation et de futurisation, Posture 3ème Degré, avec en fin de parcours une ouverture aux valeurs, dans l’esprit de la tridimensionnalité.
L’essentiel ne me semble pas avoir été dans le contenu du protocole utilisé mais dans ce qui s’est manifesté sur le chemin.
Je n’en étais pas à mon premier coup d’essai : j’avais accompagné pas mal d’enfants, de jeunes, d’adultes. La préparation aux examens et aux concours est une de mes spécialités si je puis dire et pourtant, là, un phénomène d’une ampleur inattendue se produisit, qui m’émeut encore aujourd’hui. A travers cette préparation sophrologique au concours de l’IUFM – qui devait déboucher sur une magistrale réussite – c’est avant tout la Vie qui traça son chemin, la Vie qui vint nous surprendre, d’abord à pas à peine entendus puis de moins en moins discrètement, le chant de la Vie qui s’imposa, transformant tout sur son passage. Un Chant tout puissant qui s’avèrera être un baume pour les blessures passées et un formidable passeport pour l’Existence.
Ce que j’ignorais alors c’est que la description de cet accompagnement allait progressivement prendre la forme d’un véritable phénomène – un phénomène qui devait me mettre en mouvement de façon aussi inattendue qu’inhabituelle. Elle m’amena au-delà de ce que je pensais initialement décrire, m’imposant sa loi, sa logique et jusqu’à sa forme, me poussant dans mes retranchements pour s’illuminer de sa propre lumière.
1 - Comment la Vie se fraya son chemin. Comment mes mots trouvèrent le leur
Quand je m’oriente vers le fait de décrire cet acte d’apparaître de la Vie, c’est le verbe frayer qui s’impose. Il me semble correspondre à cette apparition progressive de la Vie faisant fi des obstacles et dont je fus le témoin privilégié. Pour m’assurer que ce mot est bien celui qui colle au plus près, je prends soin d’aller en vérifier la définition dans le dictionnaire. Se frayer un chemin: ouvrir, pratiquer un chemin en écartant les obstacles. C’est exactement cela.
Cette forme d’écriture qui depuis le début cherche à se frayer son chemin pour rendre compte du phénomène de la Vie qui s’est frayé le sien, cette forme d’écriture qui se cherche, la forme idéale, se heurte à la forme connue, naturelle : ma façon habituelle de procéder lorsque j’écris – méthodique, structurée, repérante.
Cette quête fait surgir interrogations et doutes... Où cela me conduit-il? Quel intérêt? Suis-je sur la bonne route? Y a t-il une bonne route? Paradoxalement, ces doutes qui surgissent, loin de freiner ma progression, viennent renforcer mon opiniâtreté à poursuivre sur ce chemin qui n’en a pas encore la forme et qui la contient pourtant.
Avant de me mettre à cet écrit, j’avais ressenti le besoin de décrire dans mon carnet d’entraînement ce phénomène du doute. Cela me semble plus que jamais d’actualité :
[...] « Les périodes de doute, quand elles s’annoncent et qu’elles s’installent chez moi, me jettent presque un défi. Je les décrirai comme un sas dans lequel je rentre, un espace particulier où le temps n’en finit pas et qui, si l’impatience ne me gagne pas, me réserve le meilleur de moi même. J’ y abandonne mes certitudes en sachant, de plus en plus, qu’à la sortie j’y trouverai la Certitude. Le doute accepté me prépare à accueillir la nouveauté, à m’accueillir dans ce que je ne connais pas de moi, à me révéler davantage à moi même, à me lancer dans une action juste. Il dévoile, met à jour ce qui a toujours été là, comme pour me permettre d’en prendre la vraie mesure. Cet apparent retrait de mes capacités me permet de les faire ensuite s’épanouir au grand jour, comme s’éclairant de leur propre lumière. Les valeurs du doute, sa fonction positive m’apparaissent alors.
[...] Le doute, quand je l’expérimente, me met en apparente rétractation de moi même. Je me rends compte en écrivant ces mots qu’il m’amène ensuite sur mes propres rivages. J’accoste alors avec une conscience neuve des choses, celle qui rend tout possible. Là, la conscience est large, ouverte et ce qui se donne à voir me surprend toujours... Le moment le plus positif est dans cette attente, non, plutôt dans cette ouverture au meilleur de moi même, ce n’est pas exactement cela, plutôt dans cette intuition que le meilleur de moi même m’attend, quand je suis présente à ce qui est encore absent mais présent là comme une Certitude.»
Cette dernière phrase prend particulièrement sens là où j’en suis de cet écrit qui me dépasse, qui cherche à imposer sa forme. La forme qui cherche à se frayer son chemin pourrait, si j’étais philosophe ou écrivain, être la matière d’un livre que j’intitulerais : Phénoménologie de l’acte d’écriture...
Je reste présente à ce qui est absent, à ce qui cherche à se montrer mais qui n’est pas encore. Je me sens avancer à tâtons mais, curieusement, bien plus sûrement que si j’avançais de façon assurée... Si la destination est encore inconnue, l’orientation est depuis le départ inchangée : faire phénomène, jusque dans la forme à donner à cet écrit. Eviter de lui donner une forme qui pourrait me détourner de l’essentiel : décrire l’apparition de la Vie chez Aurore, l’apparition de la Vie en tant que phénomène et tout ce qu’elle met en mouvement chez moi.
Quand je me pose la question de la description, une évidence s’impose quant à la description de la Vie en nous : la Vie est. Elle ne peut se mettre en forme, elle prend des formes qui sont celles qu’elle choisit. Nous ne pouvons la décrire en tant que telle, nous ne pouvons décrire que les formes qu’elle prend et les sentiments que ces dernières laissent dans leur sillage et qui nous marquent de sa trace-énergie. La Vie s’éprouve, nous nous éprouvons vivants; c’est cela que nous pouvons décrire et qui nous rapproche chaque fois un peu plus de l’essence de la Vie et nous fait nous sentir plus consistants, plus responsables. La Vie est. Lorsque nous la vivons en conscience elle nous ouvre les portes de l’Existence. Tout comme la conscience est toujours conscience de, la Vie est éprouvé de. Phénomène de présentification par excellence qui porte la force de l’historicité.
En tant que sophrologues, nous sommes sans cesse les témoins privilégiés de cette apparition de la Vie chez la personne que nous accompagnons. Comment accueillir la Vie qui se montre? En étant de la Vie comme on est d’un pays. Comment la décrire, si ce n’est en décrivant les formes qui se présentent, qui nous parlent du Vivant que nous sommes?
Bien que cet accompagnement ait été des plus marquants et des plus riches, j’ai fait le choix de ne décrire dans cet article qu’un de ses nombreux aspects : comment la Vie se fraya son chemin.

  • Premières rencontres d’Aurore avec son corps (de mi-octobre à Noël 2005)

La mise en place de ce travail ne fut pas immédiatement évidente, pour les raisons que j’ai déjà énoncées. Même si la demande était claire et la démarche librement choisie, la loi de la vivance et celle de la répétition vivantielle ne prirent bien sûr pas sens tout de suite.
Jusqu’à Noël la répétition vivantielle n’a pas trop de sens. Les descriptions sont clairsemées soit qu’Aurore ne trouve pas de positif à décrire soit qu’elle néglige de faire la description.
A cette époque-là, elle dit mal supporter cette sensation du corps assis sur la chaise, son corps qu’elle appelle “cette chose”. Pour fuir cette réalité confrontante, elle imagine le corps qu’elle voudrait avoir. Son 4ème Système la rattrape et se rappelle sans arrêt à elle avec “la boule au ventre”.
Voilà ce qu’elle dira dans son bilan en juin : « J’imaginais mon corps comme je voulais qu’il soit, c’était cérébral... Mon corps tel qu’il est, je l’effaçais, je mettais à la place celui que je voulais avoir.» Elle est souvent tentée d’arrêter la séance mais se raccroche au fait qu’elle va trouver une forme d’apaisement dans le renforcement des capacités d’harmonie, de confiance et d’espérance : « J’attends ce moment : je me sens plus forte après». Elle précisera dans le bilan: « J’aimais bien l’idée que ces capacités, on les a et on les renforce. Cela venait contrer cette impression d’incapacité...» qu’elle ressentait à se vivre comme une chose sur la chaise.

  • Des phénomènes qui pourraient sembler paradoxaux

A l’écouter, le positif qu’elle puise dans ses séances est alors principalement généré par la Posture Isocay de Tension et le renforcement des capacités d’harmonie, de confiance et d’espérance.
Ses phénodescriptions. Les premiers murmures de la Vie
Paradoxalement, bien que peu nombreuses jusqu’à Noël, elles diffèrent étrangement de ce qu’elle décrit lorsqu’elle revient me voir pour ses 2ème et 3ème séances. Malgré un niveau d’entraînement peu régulier, ces dernières laissent apparaître des éléments dont elle ne parle pas lorsque nous nous voyons : quelque chose de l’ordre du renforcement de la confiance, de la valorisation d’elle-même... à travers son corps, qui est encore pour elle, “cette chose”.
Elle décrit qu’elle apprécie la vivance totalisante et intégratrice du Mégasystème dans la SBV :
«[...] Mégasystème: tout mon corps était important et avait sa place». Je note avec intérêt que lorsqu’elle décrit le Mégasystème c’est toujours sur le mode de l’intégration, “le ou ce sac à patates”– expression qu’elle emploiera un peu plus tard – devient “tout mon corps”. Le schéma corporel commence à se dévoiler... Si l’on considère le Mégasystème comme la résultante de l’interaction des cinq autres activés, l’on voit déjà apparaître ici l’amorce du processus d’intégration.
Le SDN lui apporte une sensation de “libération”.
La Posture Isocay de tension est, à mon étonnement, immédiatement surprenante par son impact, elle s’y sent sujet responsable : « Avec la Posture Isocay de tension j’avais l’impression de m’être remplie d’énergie, je me sentais prête à tout, capable d’affronter ce qui m’angoisse, sans me stresser ou m’énerver. Je me sentais pleine d’une énergie sereine.»
« En Posture Isocay de tension: je me sens capable de décider, maître de moi, confiante »
C’est ici que je capte les premiers murmures de la Vie, l’énergie de la Vie qui cherche à s’exprimer au détour d’une Posture qui impose à la conscience la présence du corps. Aurore ne parle pas de son corps et pourtant il est là, encore incognito...
Cela se vérifiera lors de notre première séance de VIPHI 1er temps. Je suis en effet stupéfaite qu’elle décrive la présence des os et l’émergence progressive des tissus musculaires et de la peau : « Cela faisait naître un sentiment de présence qui m’amenait de la confiance, confiance dans l’avenir, croyance en mes capacités». Le mot “confiance” revient comme un leitmotiv venant chaque fois la surprendre, un peu comme s’il lui fallait le temps de s’habituer à cette nouvelle compagne qui commence à se sentir chez elle. La confiance dans ses capacités continue de s’inviter accompagnée ici de la confiance dans l’avenir : c’est un détail de taille... Ces sentiments de confiance sont générés par la perception de la présence de ses tissus : là encore, son corps commence à se manifester comme objet de valeur, là où elle ne l’attend pas, au niveau des structures tissulaires... sous un jour qui n’est pas celui sous lequel il se montre dans la conscience ordinaire. Son schéma corporel se dévoile dans ce qu’il a de plus essentiel... Cela vient contrer “la perception de sac à patates”qui est encore présente et dont elle dira dans le bilan qu’elle renforçait son “ impression d’être incapable, de n’être rien”...
Alors que cette séance de VIPHI fut des plus étayantes quand elle la fit avec moi, de fin novembre aux environs de Noël, elle ne fait aucune description sur son carnet d’entraînement et je n’entendrai pas reparler de cette activation jusqu’en février. Je n’en tirerai aucune conclusion, préférant me donner le temps de l’observation mais entretenant cependant l’intuition – au vu de l’impact de la première séance – que la VIPHI pourrait être une alliée de taille.

  • 3ème séance : une séance qui conditionna la suite

Premières retombées dans le quotidien, premiers pas sur le chemin de la responsabilité
Lorsque nous nous revoyons à Noël, Aurore dit arriver à mieux gérer certaines situations – en stage pratique notamment – , constate qu’elle “s’accroche plus” dans sa préparation au concours.
Côté Sophrologie, la loi de la répétition vivantielle est en cours d’intégration. Les micro séances qu’elle a intégrées à ses plages de travail l’aident à travailler plus longtemps et à être plus concentrée. Elle a encore de la difficulté à s’entraîner régulièrement avec le protocole d’une quinzaine de minutes élaboré à partir de l’analyse de ses vivances : SDN abrégé et VIPHI sur le Mégasystème, en Posture Isocay.
Lors de cette séance, afin de se motiver, elle décide de marquer désormais sur son planning ces rendez-vous plus approfondis avec elle même. Je l’observe se responsabiliser, prendre les choses en main, décider pour elle. Elle ne sait pas encore que la transformation est en route...
Je savoure toujours ces instants où le phénomène s’impose et où la personne bien qu’elle en ait conscience n’en mesure pas encore l’impact et la portée. Ce sont des moments précieux où je prends la mesure du pouvoir intégrateur de notre conscience : je me sens alors en alliance avec mon semblable, avec cette part de lui qui le grandit et qui le rend si unique. C’est dans ces moments-là que je me sens vraiment montreur de chemin, “professeur d’existence”: je m’émerveille du pouvoir de transmutation, d’intégration de la conscience.
En écrivant ces mots, je repense à ces petits bonshommes du passé si chers à mon coeur : les voir se transformer me ravissait, l’étonnement était déjà au rendez-vous, certes encore teinté de relents de conscience ordinaire. Le phénomène qui se montre aujourd’hui contient ce germe du passé, enrichi des dimensions Radicale et Existentielle que j’ai dévoilées sur le chemin et qui en fait un phénomène essentiel dans la Rencontre. L’intégration de la conscience en tant que valeur, cette essence qui suffit à nous définir en tant qu’humains, voilà ce qui me Touche tant. Contempler la conscience à l’oeuvre, en flagrant délit d’intégration, me permet de prendre la mesure de ma grandeur en tant qu’être et de la grandeur de la personne que j’accompagne.
La répétition vivantielle : l’amorce du sens
Ce jour-là, je poursuis le renforcement du paramètre de présentation et j’introduis doucement celui de futurisation (SRS avec mot positif à partir de laquelle elle évoque ses révisions et ses examens blancs de janvier. Suivie d’une SAP à un an). J’intègre pour la première fois le principe de la VIPHI comme accélérateur d’intégration sur la pause phronique d’intégration, cette VIPHI qui lors de la précédente séance avait percuté si fortement.
L’évocation de ses révisions et de ses examens en SRS est le moment qu’elle décrit comme le plus positif : « Le mot “danser”amenait de la confiance dans le 4ème Système. L’évocation de mes révisions et de mes examens blancs se faisait sous un jour tranquille, calme... Le positif était dans la découverte de ma capacité à envisager les choses autrement que négativement: cela amenait de la confiance.»
Encore ce mot “confiance”qui montre qu’un travail se fait insidieusement, dans la profondeur de sa conscience, quelque chose qui acquiert de la permanence sans en avoir l’air...
Cette séance fut celle de l’étonnement et de la surprise, autant pour elle que pour moi. Le 4ème Système qui depuis le début se présentait négativement, commençait à se dévoiler : pour la première fois elle y sentait de la confiance au lieu de “la boule au ventre”, cela changeait jusqu’à sa perception du futur, ce futur qui l’angoisse tant. Le phénomène avait surgi là où on ne l’attendait pas, fidèle à sa définition. Ce fut une séance marquante qui conditionna la suite : à travers sa vivance, Aurore prit conscience du pouvoir de sa conscience. Le négatif n’était pas une fatalité qui la retenait dans ses filets, elle pouvait agir sur son futur, l’espoir était à portée de main et cela pouvait changer beaucoup de choses. Je crois pouvoir dire que c’est à partir de cette séance que la loi de la répétition vivantielle prit véritablement sens pour elle.
Ce jour-là j’écrivis sur sa fiche: « J’ai le sentiment qu’à partir d’aujourd’hui, les choses vont être différentes pour Aurore, elle qui ne se projette pas dans l’avenir, si ce n’est qu’en échec et qui vit au jour le jour pour se préserver... La confiance essaie de se frayer son chemin. Le corps s’invite autrement dans l’expérience. Le principe d’action positive est bien un processus.»

  • Un bilan en février permit d’évaluer le chemin parcouru

Ses constatations
L’entraînement très régulier jusqu’à l’écrit de son concours blanc (mi-janvier) a été très aidant : elle se sent “plus optimiste”, arrive à prendre plus de recul – c’est nouveau – prend confiance en elle et en ses capacités. Elle note avec un réel plaisir une augmentation de son temps de travail – passé d’à peine demi-heure à plus de trois heures d’affilée – ainsi qu’une réelle amélioration de ses capacités de concentration, d’organisation, de gestion du temps. Aurore a intégré sa séance de Sophrologie à ses plages de travail.
Elle exprime ce jour-là que le fait de se relier à la présence de son corps la rend beaucoup plus confiante : c’est la première fois qu’elle fait le lien entre la confiance qu’elle peut ressentir et son corps, son corps comme allié. J’ai le sentiment qu’elle commence à se re-connaître.
L’oral: une perspective qui l’angoisse véritablement
Voilà comment elle se décrivit ce jour-là : « J’ai du mal à organiser mes idées et à en faire la synthèse en une heure. Je me dis que les examinateurs ne doivent pas m’entendre quand je parle. J’ai tellement peu confiance dans ce que je dis... Ma voix diminue petit à petit, je parle tout doucement... Je ne m’affirme pas, je tripote mon stylo, je suis toute fermée... J’ai peur de me faire piéger, je me dis que je ne pourrai pas répondre, c’est l’impasse... C’est comme s’il n’y avait qu’un cerveau sur la table et comme si ce cerveau n’était plus en ordre: je ne suis plus là...»
Elle ajoute : « En même temps, mon corps... – elle s’arrête – j’ai une relation étrange avec lui. A l’écrit ça va, parce que je suis seule face à la feuille, j’ai pas peur de mon corps, de sa présence et de tout ce positif qu’il peut avoir. A l’oral, il y a des gens qui vont me regarder : j’aimerais que mon corps ne soit pas là... J’ai peur qu’ils se disent que cette fille est tourmentée, pas très équilibrée, on ne va pas lui donner une classe. J’ai l’impression que c’est écrit sur mon corps.»
C’est la seule fois – mis à part dans le bilan – où elle évoquera son anorexie, sans la nommer, comme quelque chose que l’on doit taire, dont elle se croit marquée au fer rouge et qui la montre du doigt.
Elle redoute le regard de ses pairs comme celui des examinateurs, elle voudrait alors être transparente.
Des phénodescriptions qui portent la marque de la confiance. Le futur se dévoile
La VIPHI comme accélérateur d’intégration sur la PPI, semble jouer un rôle essentiel : elle l’installe d’emblée dans une présence positive de sa corporalité qui la sécurise et la rassure sur ses capacités : « Le moment le plus agréable a été pendant la VIPHI: mon corps était présent, je savourais cette sensation de vivant, de présence, d’importance.»
« [Après la futurisation] après la VIPHI de la PPI, je sentais mon corps armé pour tout ”
Le murmure de la Vie commence à se faire plus insistant, il devient difficile de ne pas l’entendre...
Le futur commence à se présenter sous un jour différent : de générateur d’angoisse, il devient espace de possibles et même source de sécurité, de réassurance et de motivation.
« Imaginer mes révisions et mes partiels dans une perspective de réussite m’aide à prendre conscience que je peux réussir. Je me rends compte que je doute moins de moi [...] Le moment le plus positif a été le moment où j’évoquais mes partiels: avec des sentiments d’autonomie, de responsabilité et de confiance en moi. Je me sens rassurée, confiante, voire plus adulte.»
L’activation du paramètre de futurisation à travers la SAP est des plus stimulantes :
« Dans ces entraînements, je ressens que je peux être maître du futur [...] Je voyais mes parents m’offrir un cartable en cuir: j’étais super contente, ça a été mon moteur pour réviser: avoir le cartable de la maîtresse!...»
Découverte de la Posture 3ème Degré
Ce jour-là, dans la perspective de la préparation à l’oral, je lui présente la Posture 3ème Degré préalablement à une VIPHI sur le Mégasystème et une SAP à 6 mois.
Avec cette Posture, elle rentre clairement dans l’ère de l’intégration et elle franchit un palier supplémentaire dans la conquête de sa corporalité :
« L’instant le plus positif a été la sensation des mains sur le ventre: c’est comme si ça faisait le lien entre la tête et mon corps. Là, je me sens entière, je me sens présente.»
Je lui suggère d’utiliser la Posture 3ème Degré pendant ses épreuves orales afin de rester reliée à sa présence et de prendre l’habitude de l’intégrer à ses temps de révisions.
Elle élabore ensuite son propre protocole en choisissant d’intercaler entre la VIPHI et la SAP, une SRS avec mot positif centrée sur son oral – une de ses techniques préférées. Je lui demande de manier la SAP de façon progressive pendant 4 semaines et ceci jusqu’à un jour après l’oral.

  • La Vie n’aura bientôt plus à se frayer son chemin, le corps devient un allié.

A partir de mars, priorité est donnée à la préparation à l’oral. Sans rentrer dans le détail, SSP, Sophro Programmation Future, VIPHI et Posture 3ème Degré y occuperont une place de choix.
L’entraînement est régulier. La progression d’Aurore s’amplifie.
Ses phénodescriptions
Elles traduisent clairement la poursuite du processus de conquête de la corporalité avec une description essentielle (en mars) : « [Au moment du renforcement de l’harmonie, confiance etc.] Je ne sentais plus mon corps comme “un sac à patates” sur la chaise mais un corps rempli de confiance, de savoirs, d’ambitions. J’avais la sensation que je pouvais m’appuyer sur lui pour réussir.»
Dans le bilan, il est intéressant de noter qu’Aurore situera ici l’amorce du changement. Tout ce travail qui s’est fait dans l’ombre, tout ce temps qu’il a fallu à la Vie pour se frayer son chemin, c’est le temps qui m’a intéressée, cette émergence progressive du latent dans le monde des phénomènes présents. Tout s’est passé comme si jusque là le Chant de la Vie ne lui était pas parvenu alors qu’il était déjà perceptible – pour l’oreille du sophrologue.
Autre description essentielle :
“Je me laisse bercer par mes sensations”. Le phénomène parle tout seul. N’y rajoutons rien.
“[...] SSP: Tout mon corps était présent et je m’appuyais sur lui pour réussir car il me rendait confiante. Face au jury, j’étais une personne à part entière et je ne cherchais pas à fuir.”
La Posture 3ème Degré et la VIPHI de la PPI ont un impact incroyable en termes de réassurance, de restauration de sa propre image, d’intégration.
Le 4ème Système devient un espace de valeur : “Je me sens bien dans la posture 3ème Degré : je prends appui sur mon ventre pour renforcer ma confiance. C’est comme si toute l’énergie positive pouvait enfin circuler dans tout mon corps grâce à cette position.”
La peur fait place aux valeurs de la Vie :“[...] SPF:Je prends du recul par rapport au concours et j’ai l’impression de prendre soin de moi, de ma santé, de mon bonheur, à chaque séance. [...]
La peur reviendra une dernière fois à l’assaut mi-avril et je n’entendrai ensuite plus parler d’elle – La SCS sera alors précieuse.

  • Un compagnon de route et un fidèle partenaire

Début juin: “Je me sens bien quand je fais ma séance, c’est comme s’il y avait une maturation positive en moi. Je me sens plus confiante même si je passe encore par des phases de doute. Mais qui n’en a pas?”
Aurore décrira ainsi ce qu’elle repère comme ayant été la dernière étape dans l’évolution du rapport à la corporalité : “ Chaque fois que je sens la présence de mon corps, que je sens que ça peut m’aider pour les oraux, je demande à mon 5ème Système – ou à mon 2ème Système – de me soutenir pendant l’oral.... Ça sonnait pas faux: je lui demandais vraiment, je savais qu’il allait être là . Pendant l’entretien je le sentais, je sentais qu’il était là. Ca y est, je m’étais approprié mon corps. J’avais besoin de sentir sa présence. J’arrivais chaque fois demi-heure avant les épreuves pour avoir le temps de faire ma sophro. Une fois que je m’étais bien mise dans ma présence, je me sentais capable d’y aller... C’était pas que m’imaginer plus tard...”

  • Vivre l’ordinaire sur le mode de l’extra-ordinaire

Voilà comment dans le bilan, Aurore parlera de la relation à son corps: “Mon corps n’était pas là, je n’avais qu’une tête. Quand il était là, c’était négatif... Quand je n’étais pas bien et que je voyais tout en noir, c’était à cause de lui. Quand je suis à la maison et que je passe en maillot devant la véranda pour aller dans la piscine, je ne m’arrête pas pendant trois quarts d’heure pour regarder si j’ai minci ou si j’ai grossi... Je passe, je marche, je ne sens que mes pieds sur le sol et ça me suffit. En plus la véranda déformait [ ajoutera-t-elle, en riant]. De toute manière, je ne voyais que le négatif, donc, la véranda me convenait bien.”

  • Exactement un an après, la Vie fait joyeusement entendre son Chant

Ce paragraphe n’était pas prévu...
Aurore m’a récemment annoncé au téléphone qu’elle avait un poste de CP à la rentrée et qu’elle aurait à initier ces enfants à l’anglais. Cette bonne nouvelle était accompagnée d’une plus grande encore : elle sait depuis peu qu’elle attend un enfant... Le Chant de la Vie n’a jamais été aussi puissant, il culmine dans l’incarnation de la Vie même. C’est un Chant royal!
La sophrologue que je suis ne peut s’empêcher de se poser la question suivante : l’accueil du Chant de la Vie en elle, aurait-t-il permis à Aurore d’accueillir la Vie? C’est une sorte de question radicale que j’accueille comme un nouveau phénomène.
2 - « Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée » (André Gide)
Ce qui prit rapidement force d’évidence et qui fut déterminant, fut mon être-avec Aurore, cet être-avec la personne qui précède le fait d’être avec elle et qui s’épanouit dans le phénomène de la Rencontre. Je soignai tout particulièrement ce que j’appelle mon rituel d’avant séance, lequel consiste à me relier à ma Présence et à me rendre présente à l’absence, me rendre présente à cette personne qui n’est pas encore là mais que je fais exister dans ma conscience avec ce regard tridimensionnel et axiologique qui la rend si présente... La Présence à l’absence comme nouvelle forme de présence : c’est celle du sophrologue.
Que la personne vienne pour la première fois ou que je la connaisse déjà, je me mets toujours dans ce mouvement d’accueil de sa présence qui donne ensuite le ton à toute la séance. Je peux ensuite être présente à ses différents “étants” en même temps qu’ouverte à son Etre et orientée vers lui. Dans ces moments-là, je vis pleinement ma Responsabilité de sophrologue, entre autre celle de mon Regard, ce Regard que j’engage dans la Rencontre.
Concernant Aurore, cela m’a réellement permis de faire la parenthèse sur ce que je connaissais d’elle et qui aurait pu à tout moment interférer dans le travail et m’amener à tomber dans le piège du contenu et à sortir du cadre de ma réalité objective.
Dans le bilan, Aurore exprimera ceci: « Si j’arrive à me reconnaître en tant que moi et pas en tant qu’Aurore... anorexique, c’est parce que, lorsque je venais ici, il n’y avait pas ce regard. C’est vrai que tu m’as permis de voir autre chose en moi que ça. En fait tu voyais le changement avant moi .»
A travers ces mots simples, Aurore a cerné l’importance du Regard du sophrologue, ce Regard large porté sur l’Etre, sur ses valeurs, ses capacités, qui amène la personne à croire en la possibilité de son changement et à oser le mettre en route.
Ce Regard que le sophrologue nourrit, définit d’entrée celui qui vient le voir, comme être de valeur. Au-delà de “l’étant” qui se montre là, ne se cacherait-il pas le plus grand des hommes et le plus grand de l’Homme?
3 - Quand le cartable de la maîtresse conduit à un véritable bouleversement existentiel
Je me surprends ici à me laisser reprendre par l’envie de théoriser; il y aurait tant de choses à dire... Je mesure combien il en faudrait peu pour que la forme habituelle me récupère dans ses rets et réduise ce travail d’écriture à néant. Fort heureusement, Madame La Forme d’écriture veille et me rappelle que je dois laisser les concepts de la Sophrologie Caycédienne s’éclairer de leur propre lumière. Rester fidèle à la forme non ordinaire d’écriture qui m’a portée jusqu’ici.
Je me ressaisis en choisissant de m’effacer pour laisser Dame Aurore décrire elle même son propre changement puisqu’elle en est l’actrice responsable. Ce phénomène se suffit amplement à lui même.

  • Extrait de sa phénodescription écrite finale (début juillet 2006)

« [...] Je me rends compte que j’arrive mieux à gérer les imprévus. Quand il y a des changements de programme, j’essaie de voir le positif de ce changement [...]. J’arrive mieux à prendre du recul par rapport à ce qui m’arrive [...]. Quand je suis dans une situation angoissante, je me centre sur ma respiration, cela me permet de relativiser... J’apprécie quand j’ai conscience que je réagis différemment. Au début des entraînements j’avais beaucoup de mal à sentir la forme et la présence de mon 5ème Système, c’était difficile et désagréable de prendre conscience de la forme de mon corps sur la chaise. Puis cela a aussi évolué. Me centrer sur mon corps, sur sa présence pendant les séances a été plus bénéfique, c’est devenu important pour moi, pour me sentir plus confiante. Ce n’est qu’à la fin de cette année que j’ai réalisé que l’anorexie, c’était fini et que j’acceptais presque avec plaisir mon corps tel qu’il est. Même le fait de manger n’est plus une obligation, c’est une nécessité et un plaisir. Je pense que la Sophrologie m’a énormément aidée à mieux m’apprécier, à prendre conscience de mes capacités, de mes qualités comme de mes défauts mais pas que pour le concours. Ça a été un enrichissement. J’étais en train de me reconstruire après ces quatre ans de maladie, mais je continuais aussi à m’accrocher à ça, c’était mon identité : je suis Aurore, je ne veux pas manger et je me fais vomir. Avec la Sophrologie, je me suis réconciliée avec moi même. J’existe. Je suis Aurore, je vais avoir 23 ans et je suis guérie [...]. Mon père dit que je m’épanouis à grande vitesse [...]. Ça m’a permis de retrouver, de trouver des valeurs qui sont importantes et qui donnent du sens à ce que je vis. Peu importe le résultat [du concours] parce que j’ai grandi. »
(Le 6 juillet 2006 Aurore apprenait qu’elle était reçue, plus qu’honorablement).

  • Trois extraits significatifs du bilan fait avec Aurore, fin juillet 2006

Ce bilan fut enregistré avec sa permission. En voici trois passages parmi les plus marquants.
Je tiens à préciser que lorsque je lui demandai comment elle souhaitait que je parle d’elle dans cette description – en employant la première lettre de son prénom: A... ou par son prénom : Aurore – la réponse fut immédiate et me surprit par son côté affirmé : “Aurore!”. La transparence, l’anonymat n’avaient plus leur place ici. La présence, l’identité (une identité revendiquée) menaient maintenant la danse et il faudrait désormais compter avec elles.
Il ne me restait plus qu’à corriger l’ensemble de mon texte... Je soupçonnerais Madame La Forme d’écriture de s’être trouvée une complice en la personne d’Aurore.
1er extrait
« – J’aime bien ces petits instants où je me dis: “Tu n’es plus comme avant”...
– Qu’est ce que cela te fait d’être dans ce constat?
– C’est agréable..., c’est rassurant...
– Dans quel système ressens-tu ce positif?
– C’est dans tout mon corps... C’est pas superficiel, je le sens vraiment à l’intérieur de moi.
– Comment pourrais-tu le décrire?
– On dirait que tout est plein de vie, dedans. Il y a une envie aussi, de vivre [dit-elle, en insistant sur ces mots].
– [...] C’est comme si je me découvrais..., je ne me connaissais pas comme ça.
– Quel effet cela te fait-il de te découvrir?
– J’en retire plus de choses, je suis mieux aussi... J’ai pas ce regard négatif sur moi ou d’incapacité... Je suis contente de ce que je fais, je suis contente de ce que je pense ... Il y a des choses qui viennent et que je ne freine plus... Je me sens plus libérée... Je suis moi, j’apprécie mes qualités, je sais que j’ai aussi des défauts et ça fait mon tout.
[...] Quoi qu’il arrive, je vais rester celle que je suis et...et c’est BIEN!»
2ème extrait
« – Ce travail en Sophrologie m’a aidée pour le concours mais ça m’a aidée bien au-delà de ce concours. Je crois que si j’étais venue pendant la période où j’étais malade, je ne sais pas si j’aurais eu tout ce bénéfice. Là, j’étais vraiment ouverte à tout ce que ça pouvait m’apporter [...]. Je venais pour ce concours, c’était quelque chose que je voulais et donc j’étais prête à faire les séances même si c’était pas trop agréable – au début – [...] Il y a eu des répercussions sur ma vie de tous les jours, sur mon épanouissement, sur ma croissance... Ce que j’ai bien aimé aussi c’est que je ne m’en suis pas rendue compte de suite, c’est au fur et à mesure... C’est vers la fin, vers le mois d’avril, où je me suis dit “Mais c’est génial! Tu fais des choses que tu ne faisais pas avant”. Même au début, je l’ai pas raccroché à la Sophrologie, c’est après, dans les exercices où il y avaient ces sensations qui revenaient, je me disais “Mais ça vient de là...”. Je suis contente d’avoir fait ça maintenant. Maman me disait: “Tu vois, tu aurais pu le faire quand tu étais malade”. Je n’ai aucun regret, je pense que c’était le bon moment, vraiment. Je serais venue pour ça, je ne crois pas que j’aurais eu tout ce bénéfice...
– Pendant ta maladie, il fallait aborder cela autrement, comme tu l’as fait, avec un psychothérapeute.

3ème extrait
« – Si tu devais résumer par des mots bien ciblés, ces dix mois d’entraînement en Sophrologie quels sont les mots que tu utiliserais pour décrire ton évolution, ton changement ?
– Je dirais: grandir... Ça m’a donné envie : envie de vivre, envie de faire des choses..., envie d’être heureuse. Ça m’a aussi permis de savoir qui j’étais, de savoir ce qui était important pour moi, ce dont j’étais capable.
– Cela t’a permis de mieux te connaître?
– Oui. De me connaître, pas que dans mes aspects négatifs, de reconnaître ce que je savais faire, de reconnaître que je suis quelqu’un, sans me dire: “Je suis Aurore, la fille qui a fait de l’anorexie”, je suis Aurore et ça suffit.
– Tu es Aurore et ça suffit.
– J’ai beaucoup aimé écrire [dans la description finale que je lui avais demandée de faire]:“Je vais avoir 23 ans et je suis guérie ”... D’ailleurs je me suis arrêtée après cette phrase... C’est venu comme ça et je me suis dit: “Wahou!... C’est vraiment ENORME!”J’aurais pas cru que j’arriverais... Je pensais que ça allait rester présent toute ma vie et là je me rends compte que non, que j’ai pas besoin de ça.
– Tu n’en as pas besoin ou tu n’en as plus besoin?
– Je n’en ai plus besoin, je n’en ai pas besoin, même pour plus tard je n’aurai pas besoin de ça...
– Quand tu dis “Ça”, tu penses à quoi?
– A ne pas manger, à éviter les repas, à me faire vomir..., à me priver d’activités parce que je suis fatiguée, épuisée, à ne pas apprécier, à me priver d’apprécier , pas seulement le plaisir de manger mais le plaisir de faire plein de choses, d’être là, le plaisir de me dire que je peux prendre le vélo et aller faire une ballade...
– Que mets-tu maintenant dans “le plaisir de ”?
– Le plaisir de faire des activités, le plaisir de manger aussi – je l’ai complètement retrouvé – , le plaisir d’aimer, d’apprécier, d’apprécier les gens, d’apprécier ce que je fais, de m’apprécier moi, le plaisir d’être là et de VIVRE!!
– Le plaisir de vivre et de te sentir vivante... Quelle conquête!»

V - DES ECLAIREURS SUR LE CHEMIN

Afin de ne pas interrompre la description du cheminement d’Aurore, j’inclus ci-dessous des extraits de quelques phénodescriptions marquantes qui ont accompagné ma progression dans ce travail d’écriture, qui sont venues le nourrir et qui ont contribué à lui donner son sens.

  • Séance d’entraînement personnel (RDC 4) 19/12/2006

« [...] Le moment le plus positif : le fait de percevoir cette chaleur douce, légèrement picotante, comme un ruisseau bienfaisant qui répartit son flux de vie dans mon 4ème Système. Je me retrouve très vite dans un état d’être qui porte la marque de l’Isocay : je suis là et hors du temps en même temps, comme posée en moi, je n’ai besoin de rien, je pourrais ne plus respirer, ne plus bouger et je serais encore : Moment Isocay où j’ai le sentiment d’être Moi. Instant le plus positif : cet état d’équilibre parfait où je me sens être Moi, reliée à mon essentiel.
En écrivant cela, je prends la mesure de cette valeur énorme : le fait de me sentir Moi, de me sentir Etre, quoi qu’il arrive, quelle que soit la réalité que je puisse vivre. C’est la seule chose qui me permet de traverser les tempêtes et de les vivre comme des phénomènes et non comme des éléments destructeurs. Je retombe encore sur l’importance de me relier à la Vie, au courant de la Vie : les évènements ne sont alors pas à l’extérieur, ils font partie de ma vie et prennent alors de la valeur et du sens. Je reconnais ici le phénomène d’intégration... »

  • De l’utilité et de la fonction du doute chez moi (Description du 7/3/2007)

« Je constate de façon récurrente que les périodes de doute sont, chez moi, annonciatrices de changement et souvent de grands changements. Cette fonction positive, je ne la perçois jamais sur l’instant. La vérification ne peut se faire qu’avec le recul, lorsque la tempête est passée. Je mesure alors que quelque chose s’est transformé en moi [...].
Ces phases de doute qui peuvent parfois durer sont toujours fructueuses si je les accepte et si je les vis comme faisant partie d’un processus, un processus de maturation, quelque chose qui prépare le terrain. Les refuser ou essayer de les contrer reviendrait à semer sans avoir préparé la terre...
Ce doute que j’ai longtemps tenté de combattre parce que je le jugeais menaçant, stérile, devient fécond si je l’accepte en pleine responsabilité. Il m’ouvre des portes nouvelles. Il me met sur des chemins non encore explorés. Il me réserve bien souvent le meilleur de moi-même.
La fonction positive du doute : une sorte de mise entre parenthèses qui m’est nécessaire avant l’action, qui devient alors une action juste, dans le sens où elle libère des capacités nouvelles et me permet de faire des choix au plus près de mes valeurs.
Me couler dans le doute, en prendre la forme, épouser et éprouver sa présence pour en sortir avec des certitudes entre autres la foi en mes capacités. Le doute comme chemin menant à la Certitude.... Je ne peux m’empêcher de penser à la mise à l’épreuve et à la transmutation des alchimistes...
Le doute chez moi : un rôle comparable à celui de la Question radicale. Il semble ne pas avoir de sens alors qu’il contient tout le sens. C’est aussi une façon de donner du temps au temps, de laisser le temps faire son oeuvre. Je suis en pleine Phénoménologie... »

  • J’aime de plus en plus me laisser surprendre (9/3/2007)

« Je m’installe devant l’écran de mon ordinateur, comme il y a deux jours lorsque j’ai décrit le phénomène du doute, chez moi. “La page” est encore vierge. Je tape les premiers mots : “Que va t-il se passer? Comment commencer? (...). Je choisis de laisser le(s) phénomène(s) se présenter, en prenant aussi le risque qu’il ne se passe rien ou qu’il se passe autre chose, que cela m’amène ailleurs”.
En écrivant ces quelques phrases, je prends conscience à quel point j’aime de plus en plus me laisser surprendre... Ce que j’aime le plus dans ces moments là : m’observer.
J’ai le sentiment que quelque chose s’est modifié, s’est mis en route chez moi, sans trop savoir quoi... Déjà ce matin, dans mon entraînement, en plaçant le mot confiance sur l’expiration, j’ai progressivement senti ma corporalité s’expanser. Ce mot s’incarnait dans mes tissus, les marquait d’une forme de certitude qui ne se remet pas en question, quelque chose de l’ordre de l’évidence. Cette densité de mon corps, je l’accueille toujours comme un instant de vérité qui me place à la fois, en dehors et au coeur même du temps, dans mon temps. J’ai alors l’intuition d’être “juste”, posée en Moi, je n’attends rien, je ne demande rien, je ne cherche rien. Je suis simplement là avec tout Moi. Cela dure quelques secondes et pourtant cela suffit à tout changer : mon rapport à moi même, mon rapport aux objets externes. Instant Isocay s’il en est un : ce bref moment d’intégration qui fait que les choses ne seront plus jamais comme avant.
Je suis sortie de cette très courte séance matinale avec une énergie que je qualifierai de “fine”, un dynamisme que je reconnais comme étant celui des grands jours. Je l’ai senti dans mon 5ème Système, dans ma façon de marcher. Mon pas était léger et sûr, mon intentionnalité orientée vers ma journée, je me sentais ouverte et animée de l’intérieur, comme “émoustillée”, habitée par ma propre énergie. Là encore, le positif de cet instant là n’était pas tant de me sentir habitée par ma propre énergie que de me rendre compte de cela... J’aime ces instants-là qui me permettent de me sentir et de me vivre “grande”, complète. Inutile de me demander si cela a du sens... : le doute est balayé, je suis sur Ma Certitude, celle de ma grandeur en tant qu’être. Voilà la réponse – surgie d’on ne sait où – à la dernière phrase du premier paragraphe :“....ce que j’aime le plus c’est m’observer dans ces moments là” . »
En relisant ces dernières lignes qui tentent de décrire ce “dynamisme” contacté dans cette séance, je me ré-entends en Andorre lors de notre communication sur la VIPHI : « Ce Son de l’Etre perçu dans mes entraînements personnels, Mon Son, allège mon pas, l’assurant de la confiance trouvée dans les forces du Vivant. C’est un pas léger et assuré, un pas qui porte l’assurance de la légèreté et la légèreté de l’assurance, quelque chose de solide et de doux en même temps, doux et léger parce que ne me demandant pas d’effort ». Historicité du phénomène...

  • Navigation à vue (14 avril 2007)

« La forme que prend cette description me donne le sentiment de naviguer sans boussole. Je me surprends à me confondre à certains moments avec l’objet que je veux décrire, à d’autres moments, à avoir la distance juste pour l’expérimenter et pour le décrire. Quelle est d’ailleurs la distance juste? Y a t-il une distance juste? Si oui, peut-elle se définir et comment? Ou bien toute distance prise par rapport à l’objet suffit-elle à se définir comme juste? Nous met-elle déjà dans cette attitude juste, dans ce positionnement qui libère l’objet de notre désir, qui le fait exister par lui même, s’illuminer de sa propre lumière?
Peut-on toujours se tenir à distance de l’objet? Peut-on faire le choix de ne pas se tenir à distance?
Se tenir à distance et choisir de ne pas le faire : deux modes d’expression de la liberté, celle de laisser l’objet manifester sa présence et venir frapper notre conscience et celle de faire l’expérience directe de l’objet. Je ne sais comment décrire cela. La première me met en état de dilatation, de contemplation des valeurs de l’objet, la seconde me confronte à l’objet, me met dans une proximité intime, qui me fait l’expérimenter, en sentir la matière, “la chair”même.
En écrivant cela, je fais le lien avec le phénomène de Rencontre, l’espace de rencontre dont nous parlons en Sophrologie. La Rencontre a besoin d’un espace et dans cet espace où elle se déclenche, il y a des moments où il me semble important de prendre la responsabilité de s’exposer, de m’exposer, de se / de me laisser toucher par l’autre. Il suffit juste d’accueillir la personne et d’accueillir ce que cette rencontre avec elle déclenche en soi/en moi , quoi qu’elle déclenche. Peut-être ai-je là la réponse à la question que je me posais plus haut : la distance juste n’est-elle pas dans le simple fait d’accueillir? J’ai l’impression de décrire là une évidence ... »

CONCLUSION

« Il était une fois une enfant qui faisait ses premiers pas en anglais.... et une enseignante apprentie-sophrologue qui s’étonnait des progrès de ses petits élèves...»
Quelques années plus tard, cette enfant devenue femme se prit à rêver du cartable de la maîtresse. Elle mit tout en oeuvre pour l’avoir, l’eut et s’en sert désormais tous les jours. Elle marche aujourd’hui sur le chemin de son école, le tenant fermement et fièrement car il contient son histoire, revisitée . Elle va de l’avant, le coeur et le pas légers, réconciliée avec elle même, accompagnée par le chant de la Vie qu’elle a appris à écouter. Elle se sent pousser des ailes, fière d’avoir conquis sa vie d’adulte et heureuse d’avoir enfin trouvé sa place.
“On est de la Vie comme on est d’un pays”... Le Chant de la Vie : l’aurais-je entendu, reconnu, laissé me toucher si je n’en avais préalablement fait l’expérience? Expérience qui s’inscrit dans la continuité du Son de l’Etre évoqué précédemment, qui s’est affirmée dans son sillage et qui se poursuit, toujours renouvelée.
En accompagnant Aurore, c’est la Vie qui est encore une fois venue me donner une belle leçon de Vie. J’ai mesuré combien le fait de pouvoir reconnaître le Chant de la Vie et l’accueillir chez la personne conditionne mon être-avec elle et m’aide à faire la lecture de son propre changement.
Grâce à la VIPHI j’ai quitté les rives des “références externes”. En allant à la source de ce qui m’anime, j’ai accosté sur mes propres rivages. Quant à mes accompagnements, ils portent chaque jour un peu plus la marque de l’Isocay. Celui d’Aurore prit un relief particulier : c’était le premier du genre, l’accompagnement Isocay, l’accompagnement “idéal”, qui lorsque je l’évoque, m’émeut toujours autant...
Je me dois de remercier ici un personnage de qualité : le doute. Je l’ai longtemps pris pour mon ennemi. J’ai découvert son vrai visage dans cette mise en mouvement de ma conscience dont je ne saisis d’abord pas l’intentionnalité.
Merci Monsieur le Doute. Cette description vous doit – sans aucun doute – sa forme.
Cet écrit a fini par trouver sa forme ou plutôt la forme s’est frayé son chemin car il y eut bien des obstacles. En m’obligeant à faire phénomène jusqu’au bout, elle m’a amenée à la certitude qu’on n’est pas sophrologue, on le devient et lorsqu’on croit l’être devenu, l’on ne cesse de se surprendre. Je me suis surprise... à me révéler un peu plus à moi même... Mon contentement est à son comble.
Merci Madame la Forme d’écriture. Je vous ai bien souvent trouvée dérangeante, intrigante et dominatrice. Vous avez triomphé. Vous avez tout mon respect.
Merci Dame Aurore, de m’avoir autorisée à te mettre ainsi en avant. Merci de m’avoir offert la possibilité de t’accompagner. En faisant route à tes côtés, je me suis aussi accompagnée moi même sur le chemin de l’Existence, j’y ai testé et renforcé un peu plus ma capacité à faire phénomène, je me suis surprise à y vérifier mes intuitions, je suis tombée sur des évidences, j’ai affirmé mes pas sur le chemin de l’Etre et j’y ai surtout vécu une forme de Certitude : celle de la Présence...
Tu m’as, sans le savoir, permis de donner une suite à ce Son de l’Etre qui fut si important pour moi. Ma conclusion se terminait par cette phrase : “J’entre dans la Vie, portée par les forces du vivant”. En t’apprenant à écouter et à accueillir le Chant de la Vie, je t’ai observée entrer dans la Vie. Ta phénodescription finale se terminait ainsi : “Je vais avoir 23 ans et je suis guérie”. Ce magistral “point d’arrivant” contient toutes les promesses : la plus belle est en cours de réalisation et verra le jour au printemps 2008.
“Notre point de sortant” respectif ouvre sur un “point d’arrivant” qui devient un nouveau “point de sortant”...

Geneviève Lautier - 7 Mars / 24 Juin 2007

ADDENDA

Madame la Forme d’écriture, je m’adresse solennellement à vous, une dernière fois.
Vous aviez certes triomphé mais... lorsque je parvins au terme de cet écrit et que je le relus dans sa forme – que je pensais aboutie – un manque apparut. Prise dans cette quête de la forme et sous l’emprise de l’univers intimiste qui s’était créé à partir d’elle, je n’avais pas pensé au lecteur pressé, à celui qui balaie le texte du regard pour y repérer l’essentiel.
Les titres de paragraphes, les sous-titres etc. , autant d’éléments structurants qui portent la marque de la forme et sur lequel le regard peut s’appuyer, étaient quasi absents de cet écrit.
Je pris le risque d’un essai de structuration plus ordinaire. Je le fis à regret, avec une réelle appréhension et avec le sentiment de trahir quelque peu mon intention première. Cette forme plus ordinaire n’allait-elle pas parasiter, entrer en conflit avec la forme non ordinaire qui s’était imposée d’elle même et qui avait donné tout son sens à cet écrit ?
Je conviai ces invités de dernière minute – titres, sous-titres... – au banquet de la structure. Ils comprirent vite qu’il fallait faire honneur à la forme. Quand ils eurent pris place, je fus étonnée du résultat. Non seulement la forme se dégageait et s’épanouissait mais ceux que j’avais d’abord pris pour des intrus et des indésirables, se comportèrent en invités de marque, donnant du caractère à la forme qui m’avait charmée, lui apportant un relief qui, loin d’en trahir le sens, venait le soutenir.
Ainsi, chacun pouvait satisfaire sa curiosité : le lecteur pressé comme celui qui aime la découverte. Quant à moi, je retiens de cet écrit – qui a pris la forme d’une véritable quête – le rôle essentiel du doute dans cette mise en mouvement de ma conscience entre juillet 2006 et mars 2007 et la cohérence et le sens dans lesquels Madame la Forme d’écriture m’a tenue et maintenue entre le 7 mars et le 24 juin 2007 – date de cette dernière ligne.
Reproduction partielle ou totale interdite ® Geneviève Lautier - Juin 2007