Sandra est assise dans la salle d'attente. Lorsque j'ouvre la porte pour l'accueillir, elle jette un regard furtif vers moi, puis sans un mot se lève et entre dans mon bureau. Elle s'assied timidement sur le bord de la chaise, je m'assieds, je l'observe.... Silence.... Je m'adosse au dossier moelleux de mon fauteuil, un sentiment d'étrangeté m'envahit peu à peu. Que vient-elle chercher chez un sophrologue ?
Le temps s'écoule lentement ; je l'observe : sa posture étriquée, son tailleur soigneusement ajusté, ses mains crispées sur son sac à main. Elle racle sa gorge cherche avec difficulté une déglutition salvatrice et se renferme dans son silence. Bien sûr, sa mère, au téléphone, m'avait vaguement expliqué : la perte d'un travail, une rupture, le mutisme. Que faire ? J'ai le sentiment que la meilleure de mes relaxations dynamiques serait complètement inutile. Je la sens là, proche et lointaine à la fois, présente et en même temps étrangement absente.
La seule chose que je puisse faire, c'est d'accepter ce silence, continuer à manifester ma présence, rester centré sur elle, me taire, lui laisser toute la place, prendre le temps, accepter mon impuissance.
Bien sûr l'envie d' intervenir me brûle l'âme, l'envie de faire quelque chose, faire n'importe quoi, juste ce qu'il ne faudrait pas, ce qui la masquerait à elle-même, la projetterait dans du semblant, tout cela pour atténuer un petit peu mon anxiété. Juste une sophronisation de base pour casser ce silence...
Que de temps il m'a fallu pour accepter cette posture !… Que de temps pour accepter de ne pas être le sauveur, que de temps pour ne pas confondre … le seul savoir en jeu, c'est le sien, pas le mien. Le reste ne concerne que moi, et ce n'est pas de moi qu'il s'agit.
« Partir... Pour toujours... », ces quelques mots, comme un souffle, comme un râle... L'inquiétude me saisit, que veut-elle dire, ou plutôt ne voudrait-t-elle pas dire que... Je n'osais même pas le penser jusqu'au bout. Silence, silence lourd....
N'avez-vous donc jamais vécu ce genre de situation avec un de vos patients ? Moi, ça m'est arrivé souvent. C'est dans ces moments-là que je me suis rendu compte de l'importance d'associer à ma pratique de la Sophrologie Caycédienne des compétences complémentaires : celle de l'écoute active, celle de la relation d'aide. Cela m'a souvent aidé, et cela a surtout aidé mes patients.
C'est tout cela et beaucoup plus, l'objet de notre formation en relation d'aide.
J'espère que ce propos vous a touché, interrogé, et pourquoi pas irrité, contactez nous.
Cordialement
Bernard Barel